Burkina Faso : les productrices de lait contribuent activement à l'émergence de la filière

Le Burkina Faso est un pays pastoral par excellence, cependant l'élevage burkinabè ne s'accompagne pas d'une production laitière significative. Malgré un cheptel numériquement important, le Burkina Faso importe chaque année du lait et des produits laitiers pour plusieurs milliards de dollars. Malgré la faible productivité de la race locale de vache (principalement Zébu), le lait est abondant en saison pluvieuse et il existe même des cas de surplus non vendus. L'un des reproches qui est fait au lait local est sa faible compétitivité liée à sa qualité. Pour ce qui est de l'accès au marché, il faut signaler qu'il est particulièrement tributaire de la qualité des produits. Le marché existe et la seule production nationale ne peut suffire, d'où la nécessité de travailler d'avantage sur la qualité afin de mettre à la disposition du consommateur des produits compétitifs. Les pays voisins sont aussi des marchés potentiels (surtout au niveau des frontières), c'est le cas du Niger, du Mali et du Togo.
La valeur nutritionnelle et commerciale des produits laitiers constituent pourtant un avantage indéniable pour les populations pastorales, en particulier les femmes et les enfants. ACORD, qui travaille au Burkina Faso depuis plus de 20 ans, a fait de ce paradoxe son défi d'intervention, et soutient les femmes productrices de lait dans les régions du centre et du centre-ouest du pays à Yagma, Koudougou et Léo.

Le but du projet est d'appuyer l'autonomisation économique des femmes entrepreneurs éleveurs par l'amélioration des revenus, le renforcement des capacités ainsi que la promotion de leur statut social par l'émergence de la filière lait au Burkina Faso. les maillons de la collecte - transformation et commercialisation du lait - ont été relevés en particulier comme des anneaux de la chaîne qui concernent plus spécifiquement les femmes. Un diagnostic approfondi sur six mini laiteries, choisies de façon consensuelle avec l'ensemble des acteurs de la filière lait au Burkina Faso, a permis de dégager les axes stratégiques d'intervention et d'élaborer un programme de 5 ans qui repose sur un partenariat entre ACORD, l'Union des Mini Laiteries et des producteurs de lait local (UMPL) et des Mini Laiteries.

Accès des femmes à la terre comme condition essentielle de la production laitière

Malgré l'adoption de multiples textes législatifs sur le foncier (Réforme agraire et foncière, loi portant sur le foncier rural, loi d'orientation relative au pastoralisme et ses textes d'application, code de l'environnement etc.) les préoccupations liées à l'accès à la terre demeurent une réalité majeure pour les éleveurs en général et plus particulièrement pour les femmes d'éleveurs. Cet état de fait se traduit quotidiennement par de fréquents conflits entrainant des déplacements d'éleveurs le plus souvent installés dans des zones pastorales depuis plusieurs décennies. En effet, il ne se passe pas d'années sans que l'on ne regrette ces cas de conflit, car souvent accompagnés de destructions de biens, de perte de bétail et surtout de perte de vies humaines.
Lors d'une assemblée générale ordinaire de l'UMPL, les membres ont été invités à réfléchir et à partager leurs expériences en matière d'accès à la terre dans le contexte de la décentralisation. Les conclusions de ces réflexions ont fait ressortir que la décentralisation est une opportunité que les éleveurs devraient saisir car les décisions sont désormais prises au niveau local par des instances qu'ils connaissent et dont ils ont contribué au choix des membres et à sa mise en place. Il est donc ressortil'impérieuse nécessité pour les éleveurs d'intégrer ces instances pour une meilleure prise en compte de leurs préoccupations.
Par la suite, l'UMPL en tant que structure faitière a donné l'exemple en entreprenant des démarches administratives pour l'acquisition de titre foncier relatif à son domaine situé à la périphérie de Ouagadougou dans la zone de Yagma. Cette action qui se déroule normalement permettra de sécuriser la zone où l'union se propose de construire dans le cadre de ce projet plusieurs infrastructures (centre de formation, usine de fabrique d'emballages, centrale d'achat, etc.)
D'une manière générale, les zones pastorales sont et demeurent l'alternative pour l'accès de la femme au foncier. L'exemple du groupement Potal Djama est édifiant à plus d'un titre : en effet, après de nombreuses démarches, les membres du groupement ont pu obtenir une zone pastorale péri urbaine où sont installés les pasteurs qui jadis étaient en pleine ville de Ouagadougou. Dans ladite zone pastorale des parcelles ont été délimitées et attribuées. Ainsi, les femmes mariées, ainsi que des veuves et des femmes divorcées, ont pu obtenir des lopins de terre pour installer selon leurs moyens des étables de fortune et pratiquer les cultures fourragères pour l'alimentation des vaches en saison sèche.
Au niveau de Ouahigouya, l'union des éleveurs a entrepris des démarches dans ce sens pour la création d'une zone d'activités économique au profit de ses membres qui se trouvent engloutis par l'extension de la ville. Une étude de faisabilité est déjà faite qui est assez concluante.
L'alternative pour l'accès des femmes à la terre est étroitement liée à leur degré d'organisation. En effet les groupements et autres formes associatives de femmes lorsqu'elles introduisent des demandes de terrains pour des activités agro-sylvo-pastorales auprès des instances locales de décisions (conseil municipal, chefs de terres, chefs de village) reçoivent généralement un avis favorable. Ainsi, le groupement SONG TAABA des productrices et transformatrices de lait de Koudougou (membre de l'UMPL) ont acquis un espace équivalent à 4 parcelles d'habitation en zone lotie pour la construction de leur unité de transformation. Lors de la cérémonie inaugurale de ce joyau, Monsieur le Maire de Koudougou a promis autant d'espace aux femmes de pasteurs dès quelles auront occupé tout le site. Ce même groupement a aussi obtenu une zone d'environ 2 ha avec l'accord du chef de village de Boulsin, village situé à 10 km au nord de Koudougou pour les activités de production animale. Les démarches administratives sont en cours pour la sécurisation de ladite zone. D'ores et déjà, les femmes d'éleveurs ont pu avec l'aide de leurs époux emblaver quelques superficies en cultures à double fins pour leur alimentation et celle des animaux. Il s'agit du niébé à double objectif et du soja. D'autres négociations sont en cours dans le village de Guirgo portant sur 3 ha au profit du même groupement. Les autres localités sont au stade de négociation avec les instances locales (Bobo, Léo, Fada, Pâ etc.).

Alphabétisation des productrices

Les séances d'alphabétisation ont donné des résultats très satisfaisants. D'après l'évaluation par les directions provinciales en charge de l'alphabétisation, les centres de Léo et Yagma ont connu respectivement des taux de réussite de 100% te 95%. Le fait de pouvoir lire et écrire est un préalable qui a conduit à un changement de comportements des 74 productrices alphabétisées par rapport à la gestion des documents dans les ménages à travers une plus grande attention accordée à tout ce qui est document écrit, ce qui permettra de préserver des documents précieux. C'est le cas pour lesdocuments de crédit avec les caisses populaires, les documents de gestion. Les acquis de l'alphabétisation ont permis un bon déroulement et une meilleure assimilation de la formation sur les outils de gestion. Les prises de note pendant la session de formation témoignent de l'utilité et du succès des séances d'alphabétisation pour les femmes.

Gestion économique des mini-laiteries

La formation sur les outils de gestion a permis de donner aux productrices des notions élémentaires de gestion. Ainsi, pour la production laitière, il a été question de répertorier avec les productrices toutes les charges liées à l'activité (acquisition de l'animal, son alimentation, son habitat, ses soins etc.). L'exercice a aussi permis d'analyser chaque charge afin de la minimiser au maximum pour assurer un gain consistant. Un canevas simplifié permettant d'enregistrer les charges et les produits a été mis à leur disposition. Désormais elles seront à mesure de faire le point sur la gestion de leur exploitation et à terme d'évaluer le coût de revient du litre de lait. Trois comité de gestion des SPAI ont été mis en place et sont fonctionnels. Au sein des comités les femmes sont capables des tenir à jour les cahiers de stocks.

L'élaboration des plans d'affaires s'est faite suite à une session de formation pratique aux techniques d'élaboration des plans. Les responsables d'unités économiques ont contribué efficacement à l'étude de faisabilité ainsi qu'à la rédaction convenable des plans d'affaires de leurs unités respectives. Enfin désormais, ils reconnaissent le caractère indispensable du plan d'affaires et de ce fait ils sont à mesure de défendre la nécessité de l'élaboration d'un plan d'affaires pour la mise en œuvre de toute idée de projet en lien avec leur unité de transformation. La séance de restitution des plans d'affaires a déjà permis l'adoption d'outils simple de gestion au quotidien des mini-laiteries.

Amélioration de la productivité et de la qualité du lait

Amélioration quantitative du lait
L'une des contraintes limitant la production laitière en saison sèche, demeure étroitement liée à l'alimentation des vaches. La création et la mise en œuvre d'un mécanisme endogène facilitant l'accès aux sous-produits agro-industriels (SPAI) et propre à l'UMPL, a permis d'explorer plusieurs pistes pour pallier à cette contrainte. Les productrices nouvellement alphabétisées, fortes de leur apprentissage et des débats organisés lors des séances d'alphabétisation sur l'alimentation des vaches laitières, ont acquis des connaissances pour une utilisation rationnelle des SPAI dans la ration. Ce qui a conduit à une baisse du coût de production et une amélioration de la production laitière. En effet, contrairement aux années antérieures, les vaches continuent de produire du lait même pendant la période de soudure. Les actions de plaidoyer ont permis à 8 productrices d'obtenir de leurs époux chacune 1 à 2 vaches laitières qui ne sont pas allées en transhumance cette année et produisent du lait sur place contrairement aux autre années où tout l'effectif bovin partait en transhumance. 

L'adoption et la mise en place de mécanismes endogènes dotés d'un fonds de démarrage initial a permis de faire face à l'épineux problème d'accès aux SPAI. La construction en cours du magasin de stockage est une aubaine pour l'acquisition du SPAI au moment où il est le moins cher sur la place du marché local voire celui de la sous-région. Toutes ces actions ont contribué à une hausse d'environ 15% de la production par rapport à l'année passée.

Amélioration qualitative du lait
L'augmentation de la quantité de lait s'accompagne de l'amélioration de sa qualité par l'application des techniques d'hygiène et le respect des normes sanitaires. Cela se traduit par une baisse de la quantité de lait rejetée après les tests (acidité, fraude), dans les trois unités par rapport à l'année passée. Ces quantités sont évaluées à 3 litres contre 10.

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