Misons sur l'agriculture familiale pour un développement durable : rapport d'étude

Les agriculteurs africains peuvent éradiquer la faim si on leur en donne les moyens

En 2003, les Etats africains avaient pris l'engagement, à travers la Déclaration de Maputo de l'Union Africaine, de consacrer 10% de leur budget au secteur agricole dans les cinq ans. Dix années plus tard, malgré la récente hausse des dépenses dans certains pays, les états africains allouent uniquement près de 5% de leurs budgets nationaux au secteur agricole. L'année 2014 pourrait (et devrait) être une période d'action pour la hausse des dépenses publiques sur l'agriculture. 2014 a été déclarée année de l'agriculture et de la sécurité alimentaire par les Chefs d'Etat et de Gouvernement, tandis que l'Assemblée Générale de l'ONU a déclaré 2014 Année Internationale de l'Agriculture Familiale.

Le présent rapport analyse les Plans Nationaux d'Investissement Agricole (PNIA) de cinq pays africains (Ethiopie, Tanzanie, Rwanda, Burundi et Burkina Faso) et examine dans quelle mesure ils peuvent bénéficier aux petits producteurs agricoles. Les PNIA sont les stratégies phares des Gouvernements, à travers lesquelles ils indiquent comment ils entendent appuyer le secteur agricole dans les années à venir, et intègrent des plans d'investissement ambitieux. Les PNIA ont été élaborés dans le cadre du Programme Détaillé de Développement de l'Agriculture Africaine (PDDAA) en vue d'améliorer et d'aligner les stratégies de développement agricole à travers le continent africain. Pour rappel, le Programme PDDAA vise à éradiquer la faim et réduire la pauvreté à travers un développement basé sur l'agriculture, et engage les états à consacrer au minimum 10% de leurs budgets nationaux à l'agriculture et à accroitre la productivité du secteur agricole de 6% au moins par année.

Si les PNIA sont censés transformer l'agriculture et promouvoir un développement plus global, ils doivent mettre l'accent sur ceux qui sont majoritaires dans le secteur (les petits producteurs) et qui travaillent habituellement des champs de moins de deux hectares. En Afrique, les exploitations agricoles familiales fournissent 90% de la production agricole. En moyenne, les exploitations familiales dans les pays en développement génèrent 40 à 60% des revenus en milieu rural, en s'engageant dans des activités agricoles et non-agricoles, ce qui montre leur importance dans l'économie rurale et pour la croissance. Cependant, l'importance des petits producteurs va bien au-delà, puisqu'ils s'occupent d'une bonne partie des ressources naturelles de la planète comme la terre et les forêts, protégeant ainsi les services vitaux d'écosystèmes. Il est évident que l'ensemble des exploitations familiales peut non seulement être plus productives que les grands fermes industrielles ou les plantations à grande échelle, mais elles ont l'avantage essentiel de contribuer à la réduction de la pauvreté plus que les grandes exploitations agricoles.

Cependant, ces petits producteurs sont souvent négligés dans les politiques publiques, malgré le fait qu'ils représentent la majorité de la population africaine. En plus des faibles investissements dans le secteur agricole dans beaucoup de pays, les besoins des petits producteurs n'ont pas bénéficié d'une attention particulière dans la plupart des budgets nationaux. En particulier, les services clés tels que les services de vulgarisation (conseils et formation) et la recherche agricole ont seulement bénéficié à un petit nombre de paysans, en général les plus riches, tandis que les cultures de rente destinées à l'exportation ont souvent été priorisées au détriment des cultures vivrières. De plus, peu d'attention a été accordée à une plus grande sécurité de propriété des petits producteurs par rapport aux terres qu'ils cultivent. Plus grave encore, les femmes, qui représentent la majorité de la main d'œuvre agricole dans la plupart des pays africains et qui produisent la plus grande partie de la nourriture dans le continent, ont longtemps été négligées. Telles sont les questions les plus importantes que les PNIA devraient prendre en charge.


Les dépenses publiques dans l'agriculture sont essentielles dans la promotion du développement et les efforts de réduction de la pauvreté en Afrique. La croissance du PIB découlant de l'agriculture est 11 fois plus efficace dans la réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne que la croissance dans les autres secteurs. Les investissements publics dans l'agriculture peuvent jouer un rôle clé dans les efforts d'éradication de la faim. Selon la FAO, la faim sévit plus dans les pays où les dépenses publiques dans l'agriculture par travailleur sont au plus bas. Bien que les investissements dans l'agriculture ne réduisent pas automatiquement les risques de famine, les pays qui accordent plus de dépenses au secteur agricole sont plus à même de les freiner. Par exemple, les 7 pays africains qui ont consacré plus de 10% de leurs budgets nationaux à l'agriculture entre 2004 et 2007 ont atteint des niveaux appréciables de réduction de la proportion des personnes touchées par la faim lors de la décennie écoulée.

Notre analyse dans le présent rapport est que les PNIA de ces cinq pays dénotent d'un fort engagement dans le secteur agricole. Cependant, cet engagement n'est pas assorti d'une reconnaissance de l'importance des exploitations agricoles familiales dans la lutte contre la pauvreté et la promotion de la sécurité alimentaire. L'analyse ci-après passe en revue plusieurs points positifs des PNIA et met le focus sur cinq manquements qui sont des axes clés que les gouvernements gagneraient à prendre en charge et à améliorer. A moins de corriger ces lacunes de manière adéquate, les PNIA vont certainement échouer dans leur objectif de promouvoir le développement par l'agriculture et de renforcer les moyens d'existence des petits producteurs dans ces pays, et ailleurs en Afrique.

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